Le 15 juin 2026, l’Académie du Climat à Paris accueillait la 3ème édition des Ekhos d’Ekhoscènes, intégrée cette année à la deuxième convention des parties prenantes du projet M.A.T.R.I.C.E.
Ekhoscènes est le syndicat national du spectacle vivant privé, rassemblant plus de 500 entreprises (producteurs, salles, théâtres, diffuseurs, festivals, cabarets…). Les Ekhos est un cycle de réflexions qu’il a initié pour réunir les acteurs et décideurs du secteur autour des grands enjeux sociaux et sociétaux du spectacle vivant. Après une première édition sur le travail et l’emploi, et une deuxième sur les futurs du spectacle vivant, cette troisième édition s’inscrit pleinement dans le projet M.A.T.R.I.C.E1, cycle lancé en 2024 pour repenser collectivement les modes de production.
Une journée dense, réunissant professionnels du secteur, institutions, chercheurs et acteurs de l’innovation. Circulab y était présent pour contribuer à l’organisation, animer les ateliers et faciliter les échanges.
Au programme : des ateliers collaboratifs, une table ronde prospective sur les mutations du spectacle vivant et de ses publics, des données issues de nouvelles études sur les tournées de musiques actuelles (dont un baromètre réalisé avec l’institut Harris), et des retours d’expérimentation portés par différents acteurs du secteur. La journée a également permis de poursuivre les travaux engagés lors de la première convention autour de la mobilité, de l’énergie, de l’ancrage territorial et des nouveaux modèles de production.
Parmi les temps forts, une séquence de pitchs a mis en lumière des solutions concrètes, expérimentées sur le terrain ; et c’est précisément sur ces initiatives que nous nous arrêtons ici.
Décarboner les transports de matériel
Parmi les principaux leviers identifiés à travers ce projet, figure la question du transport qui représente une part importante de l’empreinte carbone des spectacles. Entre les décors, les instruments, les équipements techniques et les scènes mobiles, les flux logistiques génèrent des émissions considérables.
Pour y répondre, l’entreprise LOMAK a développé une offre de transport multimodal combinant rail et route. Cette solution permet d’acheminer l’ensemble du matériel nécessaire aux productions tout en réduisant fortement les émissions de gaz à effet de serre.
Expérimenté lors du Festival d’Avignon depuis 2024, ce dispositif repose sur la mutualisation des transports entre plusieurs compagnies grâce au fret ferroviaire. Selon les porteurs du projet, l’initiative a permis d’éviter près de 150 000 kilomètres de transport routier et de réduire jusqu’à 95 % les émissions associées.
Au-delà de son intérêt environnemental, le système réduit les coûts logistiques grâce à leur mutualisation et facilite le travail des compagnies et des artistes, qui n’ont plus à gérer directement ces aspects organisationnels.

Crédit photo : LOMAK.
Une tournée en voilier le long des côtes françaises
C’est l’initiative qui a sans doute suscité le plus de curiosité. La société de production toulousaine Bleu Citron a organisé avec le DJ français GUTS une tournée itinérante le long des côtes françaises… à bord d’un voilier. Le projet est né d’une rencontre entre l’artiste et un couple de skippers, avec l’ambition de montrer qu’une autre mobilité est possible.
L’exercice n’a pas été sans contraintes. Construire un itinéraire en limitant chaque étape à une centaine de kilomètres, composer avec les aléas météorologiques, organiser avant chaque concert un apéro-débat avec une personnalité locale engagée sur les questions de transition… Cette tournée en voilier a demandé une organisation rigoureuse. Toutefois, le bilan environnemental parle de lui-même, puisque la réduction des émissions de CO₂ est estimée par les organisateurs à 83 %.
Les porteurs du projet ont toutefois été transparents sur ses limites. Le format convenait particulièrement bien à GUTS, dont l’activité de DJ implique peu de matériel à transporter. De plus, le modèle économique reste à consolider, notamment en matière de partenariats et de communication (qui auraient permis d’améliorer les résultats financiers du projet et de la tournée).

Crédit photo : Voiles et Voiliers.
Un label pour valoriser les entreprises engagées
La transition écologique passe aussi par la reconnaissance des efforts déjà accomplis. C’est l’idée derrière le label Prestadd, développé par le Syndicat national des prestataires de l’audiovisuel scénique et événementiel (Synpase). Valable quatre ans, il vise à identifier et valoriser les entreprises qui s’engagent concrètement dans une démarche environnementale.
Trois domaines sont prioritairement évalués : les transports et la mobilité, l’énergie et les équipements, et la gestion des déchets selon une logique d’économie circulaire. Le dispositif est conçu pour être progressif (en commençant par l’autodiagnostic) et s’accompagne d’un annuaire des structures certifiées. À ce jour, près de 90 entreprises ont obtenu la labellisation.
Réinventer l’expérience sonore
Les spectacles vivants génèrent tant d’émotions qu’on en oublie parfois l’essentiel : la qualité du son. Paradoxalement, les niveaux sonores y sont souvent bien au-delà de ce que nos oreilles peuvent tolérer sans dommage — au point que la distribution de bouchons d’oreilles à l’entrée des concerts est devenue une pratique courante, et pour le moins contradictoire avec l’expérience recherchée ! C’est précisément ce constat qui a conduit 360 Prod à développer le Soundarium.
Ce système de diffusion sonore immersive offre une écoute à la fois plus précise, plus enveloppante et moins agressive pour les oreilles. Alimenté à l’énergie solaire avec une autonomie d’environ dix heures, le dispositif peut accueillir jusqu’à 500 personnes, en intérieur comme en extérieur.
Mais l’ambition de ses concepteurs dépasse largement la seule amélioration du confort d’écoute. Le Soundarium ouvre une nouvelle perspective de création artistique : il invite les musiciens à repenser leurs compositions spécifiquement pour cet environnement sonore, engageant ainsi une véritable recherche musicale. C’est toute une nouvelle ère artistique qui se dessine, avec un son diffusé dans un périmètre restreint d’une vingtaine de mètres, centré, précis, et adapté aux évènements culturels de taille moyenne. Cette technologie s’ancre ainsi dans une logique de culture de proximité, particulièrement en phase avec les attentes grandissantes du public aujourd’hui.

Crédit photo : 360 Prod.
Conclusion
À travers ces différentes initiatives, la deuxième convention M.A.T.R.I.C.E. a mis en lumière une filière en pleine mutation. Entre innovations technologiques, nouvelles formes de mobilité et démarches de certification, les professionnels du spectacle vivant cherchent désormais à concilier création artistique et responsabilité environnementale.
Pour découvrir d’autres initiatives portées par les acteurs du spectacle vivant, retrouvez notre article consacré à la première convention M.A.T.R.I.C.E.
Vous pouvez également prolonger la réflexion sur Radio Circulab, disponible sur toutes vos plateformes d’écoute.
- Projet M.A.T.R.I.C.E : Musiques Actuelles en Tournée : Recherche et Innovation pour la Coopération et l’Écoconception. ↩︎


