Dans les coulisses d’un spectacle vivant en mutation

Il y a du changement dans le secteur du spectacle vivant privé !

Ce lundi 30 mars 2026, Ekhoscènes (le syndicat national du spectacle vivant privé) organisait la première convention des parties prenantes du projet M.A.T.R.I.C.E (Musiques Actuelles en Tournée : Recherche et Innovation pour la Coopération et l’Écoconception).

Ce projet initié et mené par Ekhoscènes en consortium avec cinq de ses adhérents vise à réinterroger les pratiques actuelles de façon à expérimenter des nouvelles manières de produire des spectacles : plus collaboratives, écologiques et durables. Cette rencontre a rassemblé plus de 250 acteurs du secteur dans l’objectif d’imaginer le spectacle de demain.

Parmi les nombreux retours d’expérience et initiatives présentés dans la journée, nous avons choisi de vous en présenter trois particulièrement inspirants…

Des décors de théâtre enfin réemployables

Traditionnellement, les décors de théâtre reposent sur des structures conçues sur-mesure pour chaque projet. En effet, se retrouvent sur la scène la partie structurelle et la partie décorative (accrochée sur la première), la première étant automatiquement détruite une fois les représentations terminées (et ce, malgré leur fort potentiel de réutilisation).

Face à ce constat, plusieurs grandes institutions — dont le Théâtre du Châtelet, le Festival d’Aix-en-Provence, l’Opéra de Paris, l’Opéra de Lyon et le Théâtre de la Monnaie — ont lancé en 2022 le Collectif 17h25. Leur ambition : concevoir des structures modulables et réemployables. Après plusieurs phases d’expérimentation, le collectif a mis au point un système standardisé appelé le MOD 200 (inspiré du modèle des legos) et composé d’éléments en acier perforé permettant un assemblage flexible.

Cette innovation pourrait transformer durablement le secteur en réduisant les déchets, en optimisant les coûts et en favorisant de nouvelles formes de coopération entre structures. Fidèle à une logique de diffusion ouverte, le collectif a choisi de partager ses avancées (les plans sont libres d’accès) afin d’encourager leur appropriation par d’autres acteurs.

Source : Site internet de La Monnaie / De Munt.

L’essor des ressourceries culturelles

Autre levier de transformation : le développement des ressourceries culturelles. Depuis sa création en 2020, le RESSAC (Réseau des Ressourceries Artistiques et Culturelles) fédère aujourd’hui plus d’une vingtaine de structures à travers la France métropolitaine et les outre-mer. Ces ressourceries, souvent initiées par des professionnels du spectacle vivant, s’inscrivent dans une logique d’économie circulaire. Elles collectent, mutualisent et remettent en circulation décors, matériaux et équipements techniques, en limitant ainsi le gaspillage inhérent aux productions éphémères.

Dans cette approche, le recyclage est perçu comme une solution de dernier recours : la priorité est donnée au réemploi et à la prolongation de la durée de vie des objets et matériaux collectés. Au-delà de la gestion des ressources, ces initiatives participent à une évolution plus profonde des pratiques artistiques puisqu’elles encouragent à intégrer dès la conception des œuvres la question de leur impact environnemental et de leur fin de vie. Un nouveau paradigme se dessine alors, rendu possible par la capacité du secteur à prévoir dès la conception le moment de revalorisation des décors !

Source : Site internet de la Ressourcerie Culturelle de Montaigu.

Proposer et regrouper les solutions à l’échelle des territoires

L’association Les Augures illustre comment le secteur peut se transformer à grande échelle. Grâce à un laboratoire collaboratif, elle a mis au point des outils pour accompagner la transition écologique du spectacle vivant.

Parmi eux, l’« écothèque», un annuaire open source décliné par région, recense les acteurs engagés dans l’économie circulaire : réemploi, mutualisation, transport, éco-conception. L’idée ? Rendre visibles les initiatives existantes et créer des synergies locales tout au long de la chaîne de production scénographique. Pour compléter cet outil, fiches projets et guides pratiques permettent aux structures de s’approprier les solutions et de les adapter à leurs besoins.

Le défi qui se profile maintenant est de continuer à enrichir ces bases et à étendre ces démarches, notamment dans le domaine des musiques actuelles, pour que la transformation devienne collective et opérationnelle.

Journée de lancement de la plateforme collaborative l’écothèque, portée par l’Augures Lab Scénogrrrraphie. Source : Site internet de la Revue de la Scénographie.

Conclusion

À travers ces initiatives (et bien d’autres encore), le spectacle vivant semble entrer dans une nouvelle ère. Plus qu’une simple adaptation, c’est une transformation structurelle qui s’opère, portée par une prise de conscience collective. Nous n’en sommes qu’aux prémices ; les acteurs du secteur du spectacle privé vivant continuent le travail engagé et se retrouveront notamment en juin pour la seconde convention, afin de poursuivre les échanges et approfondir ces expérimentations !

Pour aller plus loin

Si le sujet vous intéresse et pour prolonger la réflexion,rendez-vous sur le podcast de Radio Circulab, disponible sur toutes les plateformes d’écoute !

Maintenant, c'est à vous.

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