Joyons : repenser la filière du vin à travers le réemploi

Retour sur notre échange avec Marc Etcheberrigaray, cofondateur de Joyons.

Rencontré dans le cadre de notre accompagnement de la Ville de Paris pour la sortie du plastique à usage unique, Joyons s’inscrit parmi les acteurs engagés du réemploi. Leur objectif : transformer la gestion des bouteilles de vin en allongeant leur durée de vie, notamment grâce à la réintroduction de la consigne dans les circuits de restauration.

À travers ce modèle, Joyons participe à une transformation en profondeur de toute la chaîne de valeur du vin, de la production à la consommation.

Cette rencontre s’inscrit également dans une série de podcasts et d’articles consacrée à la filière viticole, avec l’ambition d’explorer chaque étape — de la vigne à la table — en donnant la parole aux vignerons, restaurateurs et acteurs intermédiaires, dont le rôle est déterminant dans cette transition.

Un projet né d’une rencontre

Originaire du Pays basque, Marc Etcheberrigaray incarne l’esprit de Joyons. Son parcours, loin des trajectoires linéaires, débute dans l’enseignement sportif avant de bifurquer vers la restauration, puis la viticulture.

C’est au sein de l’association Yes We Camp, où il occupait le poste de responsable alimentation, que l’idée du projet émerge. En travaillant sur les relations fournisseurs et la question du juste prix, il initie une réflexion qui se concrétise rapidement. Lors d’un festival dédié à l’alimentation durable, une première expérimentation voit le jour : une cuvée est mise en bouteille sur place, en collaboration avec des vignerons.

C’est autour de cette expérience, et d’une bouteille partagée, que Joyons prend véritablement forme. Quatre acteurs engagés unissent alors leurs compétences : Samuel et Martial Arnaud, vignerons à la Ferme des Arnaud, pour la production ; Amaury Boussard, distributeur parisien chez Iroma, pour la commercialisation ; et Marc, pour porter une vision centrée sur les usages et les consommateurs.

Le nom « Joyons » reflète cette philosophie : partager, célébrer et créer du lien autour du vin.

Le défi environnemental du verre

Un chiffre résume l’enjeu : le verre représente à lui seul 40 à 50 % des émissions de CO₂ de la filière viticole.

Certains partenaires, comme la Ferme des Arnaud dans le Vaucluse — engagée en bio depuis 1978 — ont constaté que près de la moitié de leur bilan carbone provenait de la gestion du vin (emballage, transport, déchets). Un constat contre-intuitif qui replace la bouteille au cœur des enjeux de transition.

La consigne apparaît comme une solution évidente, mais sa mise en œuvre se heurte à des freins culturels. Depuis des décennies, les vignerons ont en effet différencié leurs bouteilles pour affirmer leur identité.

Face à cela, Joyons fait le choix de la standardisation, en optant pour des bouteilles de type champenoise, plus lourdes mais aussi plus résistantes. Une bouteille peut être réutilisée jusqu’à 80 fois, évitant ainsi la production de nouveaux contenants et permettant d’économiser jusqu’à 1 370 litres d’eau par cycle de lavage.

Une chaîne de production entièrement repensée

Le modèle repose sur une organisation en plusieurs étapes :

  1. Production : les vignerons produisent le vin dans leurs exploitations.
  2. Transport : le vin est acheminé en vrac jusqu’à Paris, dans des cuves de 300 à 1 000 litres.
  3. Mise en bouteille : elle est réalisée à la fois localement, dans les entrepôts de Montreuil et dans des bouteilles standardisées appartenant à la coopérative ; mais elle peut aussi avoir lieu directement sur les lieux de consommation (festivals, événements, restaurants), au travers d’animations qui en plus de faire connaître le métier auprès des consommateurs, favorisent les lien entre producteurs et consommateurs.
  4. Étiquetage : Les bouteilles sont étiquetées au nom de Joyons par leur partenaire Les Ailes Déployées, qui accompagne aussi des personnes en situation de fragilité psychique — ajoutant une dimension sociale forte au projet.
  5. Distribution & collecte : les bouteilles sont livrées aux restaurateurs (livraison traditionnelle en camion avec Iroma ou à vélo cargo avec Cargonautes), puis récupérées une fois vides, lavées et remises en circulation.


En 2025, près de 30 000 bouteilles — réparties en quatre gammes : vin rouge, blanc, rosé et pétillant naturel — ont été distribuées grâce à un réseau de six vignerons situés dans le Sud-Ouest, la Loire et le Sud-Est, avec un taux de retour compris entre 85 % et 92 %.

Aujourd’hui, une soixantaine d’établissements partenaires participent au projet, avec une dynamique portée par le bouche-à-oreille et une fidélisation croissante.

Une coopérative au service du collectif

Le projet repose sur un modèle coopératif de type SCIC1, où chaque sociétaire dispose d’une voix, indépendamment de son apport financier. Joyons est également structuré comme un projet non lucratif, un choix déterminant pour instaurer une relation de confiance avec ses partenaires.

La coopérative rassemble aujourd’hui une dizaine de membres et reste ouverte à de nouveaux entrants, à condition de répondre à certains critères, dont l’engagement en agriculture biologique et la participation active à la démarche.

Vers une transformation durable du secteur

Pour Marc, la transformation de la filière viticole est déjà enclenchée. Entre évolution des usages, recul de la consommation et cadre réglementaire de plus en plus favorable à la consigne, les lignes bougent progressivement — et cela, y compris dans un secteur exigent comme le vin .

Certes, des résistances culturelles subsistent, puisque certaines innovations, comme les capsules — pourtant plus efficaces que les bouchons pour limiter l’oxydation — mettent encore du temps à s’imposer. Mais pour lui, ces freins ne sont pas insurmontables, surtout si des mécanismes incitatifs viennent accompagner le mouvement.

Résolument optimiste, Marc croit en une bascule à moyen terme : celle d’un secteur où le réemploi deviendra la norme, pleinement intégré aux pratiques de l’ensemble de la filière. À travers cette dynamique, Joyons dépasse le simple cadre d’une initiative innovante mais s’affirme progressivement comme un acteur de changement, porteur d’une vision durable, collective et profondément ancrée dans les enjeux de demain.

Pour aller plus loin

Si le sujet vous intéresse et pour écouter l’intégralité de la conversation entre Justine et Marc,rendez-vous sur le podcast de Radio Circulab, disponible sur toutes les plateformes d’écoute !

  1. SCIC : Société Coopérative d’Intérêt Collectif ↩︎

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