Retour sur notre webinaire consacré à la sortie des plastiques à usage unique dans les territoires.
Les plastiques à usage unique (PUU) sont partout : dans nos cantines, nos événements, nos bureaux, nos espaces publics. Pourtant, la réglementation se durcit, les impacts environnementaux et sanitaires s’accumulent, et les collectivités se retrouvent en première ligne.
Comment passer de la contrainte à l’opportunité ? C’est la question au cœur du webinaire organisé par nos équipes le 4 juin juin dernier. Voici ce qu’il faut en retenir.
Un problème massif aux conséquences locales bien réelles
La production mondiale de plastique a atteint 430,9 millions de tonnes en 2024, dont 40 % sont des emballages d’une durée de vie inférieure à six mois1. Ces matériaux finissent trop souvent dans la nature. En effet, on estime à 79 000 tonnes les déchets plastiques flottants dans le seul Pacifique Nord, sur une surface équivalant à plus de trois fois l’Espagne2.
Au-delà de l’environnement, les impacts sanitaires sont préoccupants. On recense plus de 16 000 additifs dans les plastiques, dont un quart sont considérés comme problématiques (perturbateurs endocriniens, toxicité des microplastiques)3.
Pour les territoires, la facture est bien concrète : coûts de nettoyage et de gestion des déchets, pollutions visuelles, contamination des cours d’eau, perte de valeur touristique… L’utilisation du plastique à usage unique n’est pas qu’un sujet global ; c’est un sujet résolument local.
Qu’est-ce qu’un plastique à usage unique, exactement ?
La définition européenne précise qu’il s’agit de tout « produit fabriqué entièrement ou partiellement à partir de plastique, qui n’est pas conçu, créé ou mis sur le marché pour accomplir, pendant sa durée de vie, plusieurs trajets ou rotations en étant retourné à un producteur pour être réemployé ou réutilisé pour un usage identique » (Commission Européenne, Article D541-330, Directive SUP, 2019).
Cette définition transposée dans le Code de l’environnement français s’applique aussi aux produits aux performances similaires à celles d’un PUU, même s’ils sont présentés comme « durables ». Ces produits se retrouvent dans tous les contextes : réunions internes, restauration collective, événements, espaces publics, crèches, bibliothèques, terrains de sport…
Un cadre réglementaire qui s’accélère
Quatre textes majeurs structurent aujourd’hui les obligations des collectivités et des acteurs économiques :
- La loi EGalim a posé les premières pierres : fin de la vaisselle plastique jetable dans les cantines scolaires depuis 2020, obligation de vaisselle réutilisable dans les établissements publics, et extension aux crèches prévue en 2026.
- La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) va plus loin : suppression de 100 % des PUU inutiles, objectif de 20 % de réduction à horizon 2025, et trajectoire de réemploi pour les producteurs d’emballages. Des sanctions sont prévues pour les établissements recevant du public qui ne respectent pas leurs obligations (contraventions pouvant atteindre 1 500 €).
- La REP Emballages Professionnels, applicable dès le 1er juillet 2026, introduit la Responsabilité Élargie du Producteur pour les emballages circulant entre professionnels. Les collectivités devront réviser leurs marchés publics, mettre en place des points de tri adaptés et se coordonner avec les éco-organismes (Citeo Pro, Twiice, Léko).
- Le PPWR (règlement européen sur les emballages), applicable à partir d’août 2026, fixe des objectifs ambitieux pour les boissons et les emballages de transport : d’ici 2030, 100 % des emballages devront afficher un taux de recyclabilité d’au moins 70 % (niveaux A, B et C), et les emballages considérés comme non recyclables seront interdits. Le règlement prévoit également une réduction progressive des déchets d’emballages par habitant de 5 % d’ici 2030 à 15 % d’ici 2040.
Attention aux fausses bonnes idées
Avant de chercher des alternatives, il faut éviter certains pièges courants :
- Le gobelet carton « sans plastique » contient en réalité une fine couche de polymère (souvent du PLA) pour garantir l’étanchéité, tout comme les canettes et briques.
- Le PLA (Acide Polylactique), bien que biosourcé, est classé comme plastique par la directive européenne et nécessite un compostage industriel pour se décomposer.
- Le plastique recyclé reste un plastique à usage unique : seulement 14 % des plastiques sont recyclés en France.
Quatre niveaux d’action pour agir
Circulab propose une grille de lecture en quatre niveaux complémentaires :
- Réduire : Diminuer le nombre de références et supprimer les usages inutiles.
- Réemployer : Remplacer les contenants jetables par des alternatives réutilisables.
- Repenser les usages : Revoir l’offre et l’expérience pour sortir durablement de l’usage unique.
- Gérer les déchets : Réduire les déchets sauvages, améliorer le tri et organiser la collecte. Ce levier reste évidemment nécessaire, mais il ne traite que les conséquences et non les causes ; nous conseillons ainsi de le mobiliser en complément, et non en priorité.
Ces actions s’appliquent à différents périmètres, selon les priorités définies par la collectivité : l’administration interne, les ERP et événements, l’espace public, et les filières économiques du territoire.

Exemples d’alternatives par périmètre et niveau d’action
Comment accompagner les acteurs du territoire ?
La transition ne se décrète pas, mais se construit avec les acteurs concernés, en répondant à leurs questions concrètes : Suis-je concerné par la réglementation ? Par où commencer ? Quelles alternatives existent ? Comment convaincre mon équipe ?
L’expérience de Circulab, notamment à travers le programme « Paris du Zéro Plastique », montre que plusieurs leviers sont particulièrement efficaces :
- Créer un cadre commun : un référentiel par filière, un plan d’engagement clair, un parcours d’accompagnement structuré, jusqu’à la certification.
- Sensibiliser les acteurs à la réglementation et aux impacts.
- Accompagner individuellement ou collectivement les démarches de transition.
- Équiper avec des outils concrets et simples à prendre en main.
- Faire se rencontrer des acteurs de profils variés pour créer des synergies.
- Valoriser les efforts accomplis via des labels ou certifications.
Mesurer pour progresser : l’enjeu des indicateurs
De nombreuses méthodes pour mesurer une démarche de réduction des plastiques à usage unique existent, qu’il s’agisse d’indicateurs de moyens, de réalisation ou encore d’impact.
Toutefois, dans le cadre de notre accompagnement de la Ville de Paris, nous avons fait le choix d’introduire une mesure plus empirique reposant sur l’indicateur du « plastique évité ». Loin d’être parfait (notamment en terme de mise en œuvre, de mesure en poids et en unité et de potentiels effets rebond), cet indicateur nous a permis de développer la première « calculette du plastique évité » – permettant d’instaurer un cadre de mesure cohérent, lisible et exploitable facilement par les acteurs du territoire.
À Paris, un suivi systématique depuis 2020 a permis de mesurer 98,4 tonnes de plastiques évitées, dont 45 tonnes pendant les JOP 2024, et 6 millions de PUU éliminés dans les restaurants administratifs de l’AP-HP.
Cette méthode peut évidemment être reprise telle quelle, ou adaptée en fonction des objectifs et des enjeux de votre territoire. De plus, des indicateurs de réalisation peuvent compléter le suivi : nombre de commerces engagés, fontaines installées et mètres cubes d’eau consommés, personnes sensibilisées, événements signataires d’une éco-charte.
Ce que les collectivités ont à y gagner
Les collectivités ont un rôle moteur à jouer à plusieurs niveaux :
- Appliquer la loi sur leur propre périmètre en intégrant des critères zéro plastique dans leurs marchés publics (restauration, événementiel, nettoyage).
- Accompagner et coordonner les acteurs de leur territoire (agents, commerces, restaurateurs, associations, administrés…).
- Transformer l’obligation en opportunité : attractivité du territoire, dynamique économique locale, amélioration de la qualité de vie des habitants.
Un portage politique fort est indispensable pour lever les freins (ressources humaines, financement des infrastructures, absence de filières locales de lavage) et démultiplier l’impact. Mais des actions sont possibles à tous les niveaux, quelle que soit le niveau d’engagement du territoire.
- Plastics Europe 2025, aperçu de l’industrie des plastiques 2025, OCDE 2022, Perspectives mondiales du plastique. ↩︎
- Lebreton, 2018, Scientific Reports, The Ocean Cleanup ↩︎
- Rapport PlastChem, mars 2024, Université norvégienne des sciences et technologies (NTNU). ↩︎
Cet article et ses enseignements sont tirés de nos 5 années d’accompagnement de la Ville de Paris.
Pour aller plus loin, Circulab propose également des méthodes et accompagnements pour les collectivités.


