Chaque année, l’Europe génère plus de 10 millions de tonnes de déchets électroniques, soit près de 20 kg par habitant, ce qui en fait la région la plus productrice de DEEE1 (déchets d’équipements électroniques et électriques) au monde rapporté à la population, selon The global E-waste Monitor 2024. Derrière ces volumes considérables se cache pourtant un potentiel encore largement sous-exploité : celui du réemploi et de la transformation des équipements électroniques avant leur recyclage ou leur mise au rebut.
Le point de départ de Modixia repose sur un constat très concret : de nombreux ordinateurs portables sont jetés pour des raisons purement mécaniques, comme des charnières défectueuses, alors que leurs composants internes (cartes mères, processeurs, mémoires,…) restent pleinement fonctionnels. Ce phénomène entraîne un gaspillage important de composants à forte empreinte carbone.
Face à cette situation, le fondateur Jérôme Botte, a fait le choix de dépasser les limites du reconditionnement classique en misant sur le réemploi des pièces et l’économie circulaire. Modixia développe ainsi un savoir-faire spécifique : transformer des ordinateurs portables non-reconditionnables en unités centrales fixes conçues pour être modulaires, performantes et durables.
C’est donc sur cette approche que s’est construite Modixia, une entreprise française qui propose une alternative circulaire à l’informatique professionnelle traditionnelle.
La captation du gisement : un enjeu clé du réemploi
Si le gisement existe bel et bien — « tout le monde a aujourd’hui un ordinateur » avance Jérôme Botte — ; le véritable défi réside dans sa captation.
A ses débuts, Modixia s’est appuyée sur des ressources accessibles à travers Leboncoin par exemple, puis s’est engagée dans une industrialisation du modèle. Cette stratégie s’est révélée particulièrement pertinente pendant la crise du Covid-19 lorsque l’industrie mondiale faisait face aux pénuries de composants et de semi-conducteurs, puisque Modixia disposait déjà de stocks de pièces réemployables, assurant une continuité de production là où le neuf était à l’arrêt.
Un produit penser pour durer (vraiment)
Plutôt que de recourir au recyclage (qui demeure encore largement énergivore et polluant), Modixia a fait le choix du réemploi via l’élaboration d’un boîtier modulaire, conçu pour s’adapter aux évolutions technologiques et aux besoins réels des utilisateurs. Les ordinateurs peuvent ainsi être mis à niveau de manière ciblée, en ne remplaçant que les composants nécessaires (mémoire, carte mère, stockage) sans avoir à changer l’ensemble de la machine. Cette approche permet de réduire jusqu’à 80 % l’impact carbone par rapport à l’achat d’un ordinateur neuf.
Le modèle de Modixia repose ainsi sur la vente d’unités centrales modulaires garanties à vie, complétée par des prestations de mise à niveau tout au long de la durée d’usage. Une unité centrale Restart est proposée autour de 480 € HT. Si ce prix peut être légèrement supérieur à celui d’une tour bureautique classique, il s’explique par une fabrication française, un travail approfondi de réemploi et une garantie à vie. Sur le long terme, cette approche permet de réduire le coût global, tout en contribuant à la souveraineté technologique et au développement de l’économie locale. Ce modèle de résilience s’inscrit ainsi directement dans une logique d’économie circulaire appliquée à l’électronique.
Des clients publics engagés
Les principaux clients de Modixia sont aujourd’hui des collectivités territoriales. Bibliothèques, établissements publics, structures éducatives : autant de lieux où l’impact environnemental et social des équipements informatiques devient un critère clé. « J’aime bien me dire que ma fille, lorsqu’elle va à la bibliothèque, utilise des ordinateurs Modixia », confie Jérôme Botte
Pour conclure
Dans un monde où le numérique est omniprésent, Modixia démontre ainsi qu’il est possible de faire mieux avec moins, en repensant radicalement la manière dont nous concevons, utilisons et prolongeons la vie de nos ordinateurs.
Pour écouter l’intégralité de l’échange entre Brieuc et Jérôme, rendez-vous sur le podcast Activer l’économie circulaire de Radio Circulab, disponible sur toutes les plateformes d’écoute !
Note :
- Déchets d’équipements électriques et électroniques ↩︎


